Jacobs Charles

Jacobs Charlesné le 7 novembre 1926 à Petite-Rosselle.

 

(Extraits tirés des pages 35 à 40)

.

« A minuit la situation sur la Charlotte est tragique, c’est le minuit des obus, le réveillon macabre des navires en feu et des hommes à la mer. Après la disparition du Bahia-Camarones, tous les obus s’acharnent sur la Charlotte, c’est-à-dire, le numéro 2 en tonnage dans le convoi. Le feu et les explosions éclatent partout. La Charlotte encaisse un clafoutis de pruneaux qui la secoue comme un cerisier sous la bourrasque.

Je stationne à l’arrière sur l’achter Deck (pont n° 8). Les hommes courent aux nouvelles, le poste de radio ne répond plus. Je me précipite vers la tourelle de tir. « Le capitaine, l’infirmier sont morts! Les communications sont hors d’usage! » Sur la Charlotte, il faut maintenant se décider, sauter ou rester. Je suis pour la première solution ! Mon sous-officier, l’Oberbootsmannsmaat (Maître Principal), tremble, il ne sait plus quoi dire ni quoi faire. Force est de constater que certains hommes malgré leurs décorations tapageuses ne sont pas toujours les plus courageux dans l’épreuve !

Les bordées de tir continuent à nous encadrer, l’ennemi nous visualise comme en plein jour. D’une minute à l’autre, comme c’est parti, notre navire va exploser. «Ausspringen ! Sautez à l’eau! » Quelques marins n’hésitent pas à plonger dans l’eau glacée. Soudain le mât est déraciné par une charge très violente et s’abat dans un bruit d’enfer à côté de moi. Il ne s’agit plus de tergiverser et me voilà enjambant le bastingage pour culbuter dans l’écume. «Traître!» vocifère un inconditionnel tandis que je m’éloigne à vigoureuses brassées du rafiot en détresse. Un camarade âgé de Hambourg m’a emboîté le pas en plongeant par-dessus bord et nous nageons de conserve dans la mer horrible. Les volées d’obus continuent d’arriver, grêlant la surface en de gigantesques cascades.

« Pourvu qu’aucun tir ne nous atteigne! » A deux cents mètres du bateau, j’entends les cris déchirants de matelots qui ont été blessés entretemps et qu’on ne peut plus secourir. Pourquoi ont-ils hésité à sauter par-dessus bord au moment où l’on pouvait encore le faire ?

Je m’accroche, main dans la main, au matelot allemand et nous nous encourageons. Entretemps, une nouvelle bataille navale a commencé, les batteries côtières, positionnées à l’entrée des fjords tirent de plusieurs directions. Les Anglais répliquent: le duel d’artillerie ignore les naufragés dans l’eau froide, le désespoir me gagne. Peu après, la violence des déflagrations diminue mais un danger nouveau se profile. Mon camarade allemand, si volubile il y a encore un quart d’heure quand il traitait Hitler de tous les noms d’oiseaux, se mure dans un silence inquiétant. Bientôt il commence à geindre, s’ancre à moi dans une étreinte d’acier. Le froid tétanise son organisme et le fait déraisonner. Je dois l’abandonner sinon nous coulerions tous les deux ! Adieu! Vais-je, moi aussi, rejoindre le fond des abysses ? Qui va venir me chercher dans cette situation désespérée du chacun pour soi ? Le point noir que représente mon corps est si minuscule dans la mer, je suis perdu à moins d’un miracle! Il me semble cependant voir comme dans un halo une forme floue qui grandit.

Je m’égosille, mais mon gosier aphone ne transmet plus aucun cri d’appel. La pleine lune brille. Un ultime effort me pousse à souffler dans un sifflet à roulettes (Trillerpfeife) accroché comme une corne de brume salutaire à mon fameux gilet. 

J’ai la vague impression qu’on me hisse à bord et je constate peu après que je suis couché sur un radeau!

Le frêle esquif penche sérieusement de côté, un des barils qui le supporte a été percé. Des marins rescapés de mon bateau me reconnaissent et m’apprennent qu’ils ont pu encore couper les deux filins d’accroche avant de culbuter avec le radeau dans les flots déchaînés. Un heureux hasard croise mon destin et me ramène à la vie, car aucun navire de secours n’aurait pu me localiser dans l’immensité liquide glacée.

Après le départ des Anglais, toutes sortes de navires apparaissent pour repêcher les rescapés du drame. Quel fut le bilan ? « Cent trente-trois disparus » annonce un rapport. Où sont-ils passés ?

 

  • Le grand Amiral Doenitz
  • Jean Grill
  • Les cabines d'un U-Boot en mission.
  • Un Liberator B22 Allié (avion anti sous-marins)
  • Une bombe Tall-Boy dans la soute d'un Lancaster.
  • Jean Grill
  • Le Tirpitz en vue aérienne.
  • Le navire marchand R0.22
  • René Jansen
  • Ravitaillement du U-1061