Première croisière

Première croisière d’entraînement du U-1221 dans la Mer Baltique avec Karl Kölzer.

croisiereNicolas01De juillet 1943 jusqu’à la mise en service au mois d’août du sous-marin U-1221, les matelots et les sous-officiers logèrent dans un camp de baraquements de la 3ème B.L.K (Baubelehrung Kompanie). Il faut savoir que les futurs sous-mariniers étaient détachés aux chantiers navals lors de la construction de leur U-Boot afin de mieux comprendre les secrets de sa conception. Les officiers disposaient du Warnon, c’était un bateau balnéaire à vapeur. Durant ce laps de temps, le gros de l’équipage de l’U-1221 fut reconstitué avec des marins provenant de toutes les directions (Mer Méditerranée, bases de soutien de l’Atlantique, Norvège, Nord et Est de la Mer Baltique) ainsi que du personnel militaire dit de réserve.
Un équipage est constitué de nombreux spécialistes tant les manœuvres liées à la flottabilité, à la maniabilité, à la parfaite maîtrise de ce monstre d’acier requièrent auprès des U-Bootmänner la performance pour ne pas risquer mille et une avaries propres à mettre l’esquif en danger permanent. Maillons indispensables et efficaces, les hommes aux nerfs d’acier, du plus humble au plus honoré, savent que chaque poste est vital pour la survie de l’équipage. Il faut donc une équipe ultra-soudée, où chacun peut compter sur le savoir-faire de l’autre. Parfois, ce poste est secondé par un tiers en cas de maladie ou d’indisponibilité subite. Notre 1er commandant, Karl Kölzer, né le 12 mars 1912 à Opladen, dirigera le submersible de juillet 1943 au 20 janvier 1944.

croisiereNicolas02Calendrier
11 août 1943 : Mise en service solennelle du sous-marin U-1221 (plan de construction n°384) qui est le premier d’une série de 15 sous-marins de type IX C-40. Le nôtre a été construit dans la Deutsche Werft à Hamburg-Finkenwerder.
13 août 1943 : Montée et descente de navigation sur l’Elbe et entraînement aux tirs anti-aériens (Flak).
14 août 1943 : Nous sortons de Hamburg en empruntant, à hauteur de l’embouchure de l’Elbe, le canal du Kaiser Wilhelm relié par les écluses de Brunsbüttelkoog au port de Kiel. 1ère traversée du canal Kaiser Wilhelm.
A Rendsburg, grande acclamation des filles du pensionnat qui agitent leurs draps à notre passage ! Rêvaient-elles à Siegfried le héros des Nibelungen ?
15 août 1943 : Arrêt à la Kieler Förde, au Segelfliegenhorst de Holtenau (photos) pour une petite course en mer à bord d’un voilier avec tout l’équipage, histoire, dès le départ de bien souder les hommes dans un réel esprit de camaraderie. Passage à la 1ère Flottille d’entraînement pour sous-marins à Ploen où habite la femme du Capitaine, Mme Kölzer. A Kiel démarre la mise à l’épreuve sous l’œil de la Commission d’essais-réception (Unterseeboots Abnahme Kommando = UAK).
19 août 1943 : Entrée dans le port de Swinemünde pour y effectuer l’entraînement au tir anti-aérien.
(Sur les photos qui suivent, nous disposions encore de notre canon de 10,5 cm sur le gaillard avant).
Exercices de tir avec notre canon de 105, avec les mitrailleuses jumelles de 2 cm (Zwilling) et avec la mitrailleuse lourde montée sur un quadruple affût de 2 cm à l’arrière sur le Wintergarten, le jardin d’hiver qui est, en fait, un ajout se situant derrière la baignoire et sur lequel est disposée l’arme anti-aérienne.
24 août 1943 : En route vers Stettin, sommes cantonnés auprès de la 4. Flottille. Bateau vidangé, matériel mieux disséminé à l’intérieur du submersible lequel est ainsi mieux équilibré par une meilleure répartition du poids.
Début septembre : Dantzig, 8 jours de mise à l’épreuve passée sous le contrôle de l’UAK.
10 au 18 septembre : Séjour dans le chantier naval de Gotenhafen. Au port, grande fête de rassemblement avec la présence du Cap Arcona, du Wilhelm Gustloff, du Hansa, du Oceana, du baleinier Walter Rau, des bateaux-école Schlesien et Schlesswig-Holstein mais aussi du Gneisenau, du Lützow et du Hipper mis en cale. A cette époque, la baie de Dantzig était encore un coin tranquille de la Baltique !
19 septembre 1943 : Départ vers la presqu’île de Héla pour un Agru-Front (groupe d’entraînement technique pour les sous-marins partant pour des opérations de guerre). Les marins issus des carrières I et V (Laufbahn) doivent aller consolider à ce moment-là leurs connaissances au travers d’exercices spécifiques les concernant. Sortie à la plage pour emmagasiner le plein de soleil (cf. photos).
croisiereNicolas03Joseph Lebon rapporte : « Une soirée-variétés (Bunten Abend) est organisée à Héla. Vass notre champion de natation en est l’organisateur. Le repas qui sort de l’ordinaire (toasts –belegte Brote- et différents plats) est entrecoupé de chants, de discours avisés du commandant, de sketchs, de pastiches (Makaroni Lied), d’une déclamation de vers poétiques où chacun est plaisamment décrit, d’une danse nègre dans la jungle mystérieuse, de divers chants interprétés par des ténors, d’une danse avec musique endiablée au choix des dames, d’une pièce de théâtre comique -Bombenpaul am Musterungsplatz, Paul-la-bombe sur la place de la conscription-, discussions et recommandations sur les soucis quotidiens à bord sous forme humoristique et bien sûr, au final, le Capitaine qui décrit sa vision des choses, sa façon personnelle de conduire son bateau, affichant un calme à toute épreuve ! »
20 septembre 1943 : Panne de plongée du U-346 sous le commandement du Capitaine Lausten, le bâtiment est perdu corps et biens. (Dernière photo prise de notre bateau par Otto Krüger dans la baie de Dantzig devant la presqu’île de Héla montrant le U-346 s’enfonçant dans les flots pour une plongée sans retour. 36 disparus).
27 septembre 1943 : Après huit jours d’entraînement et de manœuvres, nous subissons notre première percussion sur le sol marin (Grundberührung).
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La routine ayant pris le pas sur le sérieux, le quartier-maître mécanicien de 2ème classe (Mechaniker Gefreiter) Brücke annonce, sans avoir vérifié l’étanchéité des loges de torpilles, que leurs panneaux d’ouverture sont bien obturés. Lors de la plongée, nous voilà subitement en surcharge de poids vers l’avant (due à l’intrusion de l’eau dans la salle des torpilles, Ndr). Toutes les contre-mesures prises par l’Ingénieur-Chef restent vaines. Avec un angle de 25° de pénétration, le museau (Schnauze) s’est enfoncé assez violemment dans le sol mou. Nous voilà enchâssés dans le limon à une profondeur d’environ 70 mètres. Dans l’Atlantique, nous n’aurions pas survécu, aspirés sans rémission vers les abysses. Un contrôle immédiat constate que les loges des torpilles sont noyées et que la salle avant est bien remplie d’eau. Après pratiquement une heure de manœuvres et de pompages, nous réussissons à remonter à la surface. Nous avons vécu notre première frayeur avec le sous-marin.
Un ennui ne venant jamais seul, nous avons frôlé une autre catastrophe : un éperonnage ! (autrement dit une collision au Brüsterort Kap, (voir carte et l’astérisque précisant le lieu de télescopage). Voilà comment cela était arrivé : de Dantzig nous devions évoluer direction Pillau dans un groupe composé de 7 sous-marins VII-C plus le nôtre. Lors d’un exercice de changement de bord pour s’entraîner à constituer une meute, le U-1221 fut percuté tribord arrière. Avec les bières aidant et une euphorie sans doute communicative, le tout accompagné de grasses plaisanteries (Hallotria) de l’équipage, l’attitude désinvolte des commandants qui ont de manière déraisonnée fait évoluer leur sous-marin respectif l’un à côté de l’autre nous a ouvertement laissé, après coup, une impression indéfinissable de légèreté de conduite. Un ballast, un caisson d’équilibre, une conduite d’air comprimé furent endommagés ainsi que la barre avant. On mit le cap sur la côte, accompagné d’une escorte pour rallier le chantier naval de Königsberg, adapté exclusivement pour des VII, ce qui occasionna en conséquence une halte plus longue que prévue pour nous ! Les deux capitaines furent privés de sortie (Stubenarrest).
Il me faut aussi vous parler de notre mascotte que nous avions à bord : un matou noir qui, aux yeux de certains, ne pouvait que nous entraîner dans la poisse, la preuve en était avec le choc marin précédent puis, derechef, cette nouvelle mésaventure ! Chaque sous-marin présente sur le devant du kiosque d’étranges talismans superstitieux. Notre 1er dessin représentait un chat noir arborant un collier ajouré du chiffre 13, porte-bonheur par évidence ! L’effigie de ce chat découpée dans une plaque de laiton avec un bandeau rouge autour du cou a toute une histoire. La voilà : comme je faisais souvent partie de la première patrouille de garde au service du Commandant lorsque nous étions à terre, je demandai à sa dame si elle voulait bien nous donner son matou (Kater) comme animal fétiche. Le mécanicien-chef Weisbarth, le premier-maître timonier Baudler et moi-même avions d’abord navigué sur l’U-48 dont l’emblème décoratif représentait le même animal. Nous reçûmes la bête et les radiotélégraphistes l’installèrent dans une cage près de leur poste de travail. Par superstition, les autres timoniers et l’équipe de garde n°1 ne le voulaient pas à bord.
Pour en revenir à notre accident, lors de cet exercice en formation groupée avec d’autres submersibles (dessin ci-dessous), nous avons donc été percutés tribord arrière par un U-Boot de type VII. Comme différents caissons de ballast avaient été déchirés sous l’effet du choc (et non un seul comme on le pensait), notre sous-marin prit de la gîte à l’arrière ; la poupe qui s’enfonçait n’augurait rien de bon sinon qu’un plongeon mortel dans les profondeurs. Boire ou naviguer, on voit où cela peut conduire ! Un ordre surgit du pont : « tous les hommes évacuez ! » Alors que deux marins avaient déjà sauté dans l’eau, l’ordre d’évacuation fut arrêté. C’est que dans le poste central, l’officier-ingénieur avait pris des dispositions énergiques pour stabiliser le bateau. Durant ces manœuvres de la dernière chance, des hommes à qui on avait ordonné de monter au plus vite par la tour avaient grimpé l’échelle pour s’installer dans la baignoire et ainsi pouvoir évacuer le sous-marin si la situation devait empirer. L’officier en second, l’II W.O. Bickel avec le chat coincé dans sa jaquette s’attendait à devoir sauter avec l’animal par-dessus bord. Durant ces instants d’intenses tensions, l’un des chefs-pilotes voulut agripper le matou de malheur pour le balancer dans les flots. « Ce chat est la cause de nos graves ennuis ! » Bickel résista et l’affaire en resta là. Le sous-marin accidenté, traînant difficilement sa masse, arriva néanmoins à bon port.
Après notre arrivée dans le chantier naval de Königsberg pour cause de réparations, nous fûmes logés sur le navire « Der Deutsche ». A bord pullulaient les rongeurs, et notamment les rats, et je peux vous dire que le chat appréciait la viande crue ! Par la suite, comme les radiotélégraphistes avaient été montrés du doigt dans cette affaire, l’opérateur-radio Dornseifer reçut un ordre de mission spécial (Sonderausweis) afin de ramener le chat à Ploen où habitait Dame Kölzer. Dans une boîte de lessive Persil avec un trou ajouré pour laisser passer la tête de l’animal, la bête eut l’honneur avec son guide de pouvoir voyager dans un train rapide (Eilzug) en seconde classe de voyageurs, s’il vous plaît !
Huit semaines passées à Königsberg furent nécessaires pour contrôler et réparer les dégâts avec l’obligation impérieuse pour notre sous-marin d’être doté tôt ou tard d’un schnorchel pour pouvoir évoluer en haute mer.
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Partis vers Libau le 15 octobre, nous y avons ré-effectué toute la gamme des plongées. Les exercices reprirent. A Libau, formation et entraînement aux exercices de tir. Nous étions logés dans une caserne.
Le commandant Kölzer fut désigné premier Schütze (tireur) pour avoir obtenu le meilleur résultat des exercices aux tirs de torpilles lors du KSL (Kommandantenschießlehrgang).
Mi-décembre 1943 : Départ de Libau pour un bref séjour à Memel puis en route vers Pillau à la flottille d’entraînement. Ensuite manœuvres d’entraînement tactiques conduites dans un vaste périmètre à l’Est de la Mer Baltique. Puis direction Stettin, avec halte et réaménagement du sous-marin.
Janvier 1944 : Départ de Stettin vers Kiel et à nouveau la traversée du Wilhelm Kaiser Kanal et arrivée à Hamburg-Fink II pour les derniers travaux d’amélioration du U-1221 à l’arsenal. Réception de l’insigne Frontreif (équipage prêt pour un déploiement en opération de guerre) dignement fêtée.
20 janvier 1944 : L’enseigne de vaisseau 1ère classe, Paul Ackermann, prend la relève de Karl Kölzer.

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Les avions de la Luftwaffe, chargés de nous détecter, n’hésitaient pas, en cas de découverte fortuite, de larguer quelques bombes, assez près de notre U-Boot !

 

 

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